Reportages et Photos - © Muriel Genty - © Country France - Tous droits réservés - Copie interdite. Reportage effectué pendant le festival de Gstaad en Septembre 2001. Interview Exclusif.
Collin Raye était sans aucun doute l’artiste le plus attendu au festival Country Night 2001 de Gstaad.

Depuis 1993, année de sa première venue au festival de Gstaad, cet artiste new country a collectionné les albums à succès et les chansons numéro 1.

Sa connaissance du public européen lui a permis de rencontrer un immense succès à Gstaad. Il a enchaîné ses tubes, émouvant le public avec ses magnifiques ballades, secouant la scène avec des chansons très country-rock.

Country-France a rencontré Collin Raye pour une interview exclusive. Il nous a parlé de sa musique, de ses projets et notamment de son nouvel album imminent, de son expérience en Europe en tant que chanteur country.

CF : Bonjour Collin. Votre show hier soir était extraordinaire. Ce qui est impressionnant c’est de vous voir enchaîner hit sur hit, on prend toute la mesure du nombre incroyable de chansons à succès que vous avez dans votre répertoire. Et, ce choix de ne pas nécessairement chanter tous les morceaux en entier mais de les faire se succéder rend le concert très dynamique, c’est très sympa.

CR : Oui, comme la durée du concert est trop courte pour me permettre de jouer tous ces morceaux, j’ai choisi cette formule qui est de raccourcir certaines chansons et de les enchaîner les unes à la suite des autres.
Rosie Flores
Et j’entends tout le temps des gens me dire : " J’avais oublié que cette chanson était de vous, j’avais oublié cette chanson ". Cela fait tellement plaisir de savoir qu’on dure depuis assez longtemps pour avoir un tel répertoire vous savez.
CF : Et les gens sont heureux de pouvoir entendre toutes leurs chansons préférées.
CR : J’essaye toujours de tout jouer parce qu’inévitablement, si je ne joue pas une ou deux chansons, il y aura quelqu’un après coup qui me dira : " J’ai conduit 300 kilomètres pour vous entendre chanter telle chanson et vous ne l’avez pas jouée ". Cela me fendrait le cœur d’entendre ça. Donc, je les joue toutes pour que personne ne soit déçu.
CF : Comment avez-vous développé cette vocation de devenir chanteur country quand vous étiez enfant ?
CR : Ma mère était chanteuse country et toute ma famille était branchée musique country, en fait cela faisait partie de ma vie. Je ne me rappelle pas un seul instant de ma vie ou nous n’écoutions pas de la country, des disques ou la radio. Cela me semblait donc naturel comme environnement. Vers 13 ou 14 ans, j’ai pris conscience de mon potentiel pour chanter, pour cette carrière, à cette époque je faisais aussi partie d’un groupe de rock et nous jouions un peu de tout. A peu près vers 18 ans, j’ai compris que je voulais devenir chanteur country et c’était mon seul but. Je n’ai jamais gagné ma vie autrement que par la musique. A ce niveau, j’ai vraiment eu beaucoup de chance parce qu’on peut entendre de nombreux chanteurs expliquer qu’ils ont fait tel ou tel métier avant de pouvoir être chanteur professionnel. Je ne peux pas en dire autant, j’ai toujours chanté et j’ai toujours gagné ma vie ainsi d’une façon ou d’une autre. Et, la musique country m’a toujours attiré, j’ai toujours pensé que c’était la musique la plus représentative de la vraie vie. Je trouve que la musique country parle de vrais sentiments, rien de faux. C’est pourquoi j’ai toujours trouvé cela très contrariant quand une chanson qui sonne faux marche bien. J’aime que ça soit réaliste. Mais, je pense qu’on en revient toujours là, c’est cela qui permet à la country de continuer à exister et à évoluer, le fait que les gens puissent se retrouver dans les chansons.
CF : Nombre de vos chansons transmettent un message, d’amour, d’anti-violence ou autre. Comment choisissez-vous vos chansons ?
CR : J’ai toujours dit qu’en fait ce sont les chansons qui me choisissent pour ainsi dire. Par exemple, ma chanson " The Eleventh Commandment ", celle qui parle des enfants maltraités et qui se trouve sur un de mes précédents albums, a été écrite par Karen Taylor, une bonne amie à moi. Elle a écrit cette chanson et ne l’a proposée qu’à moi, elle m’a dit qu’elle voulait que je l’enregistre et je lui ai dit que j’adorerais le faire mais à l’époque je travaillais sur un autre CD et je savais qu’on ne me laisserait jamais mettre cette chanson sur ce CD. Je lui ai demandé si je pouvais garder la chanson " en réserve " quelques temps et elle m’a répondu " absolument, personne d’autre ne l’enregistrerait de toute manière ", ce que j’ai considéré comme un grand compliment.

Je pense donc que les compositeurs ont toujours compris que je ferais ce genre de chansons et ils sont venus me les proposer. Mais, la contrepartie de ça c’est qu’une fois qu’on a eu plusieurs chansons à succès avec un message social, comme " Little Rock " ou " I Think About You ", il y a une certaine catégorie de compositeurs à Nashville qui essayent d’écrire spécifiquement une chanson de ce type pour me la proposer.
Et, alors, en écoutant la chanson, on sent que ça sonne faux. On peut sentir qu’ils ont pensé " Bon, qu’est-ce que Collin recherche, écrivons une chanson sur la violence conjugale ".

Et c’est faux, et, je peux détecter ça, je peux faire la différence par rapport à quelqu’un qui a vraiment écrit une chanson qui lui tenait vraiment à cœur, un message qu’il se devait d’exprimer. Ils pensent pouvoir me tromper mais je sais faire la distinction et je ne retiens pas ces chansons qui sonnent faux. Mais, évidemment, ce sont celles-ci qui m’arrivent en premier.

De plus, je déteste parler deux fois du même sujet, j’aime mieux passer à autre chose. Je pense que lorsqu’on a déjà évoqué un sujet, on n’a plus à le faire à nouveau, parce que une seule chanson peut transmettre un message des années durant. Prenons l’exemple de " I Think About You ". Nous avons essayé d’enregistrer cette chanson par 2 fois. J’ai d’abord essayé de l’enregistrer pour un premier album mais, musicalement ça n’allait pas. Je trouvais la version du compositeur meilleure que la nôtre. Alors, à quoi bon enregistrer la chanson si on ne parvient pas à un meilleur résultat que ça. Donc, nous avons attendu et 2 ans ont passé.

Puis, est venu le moment de préparer un autre album. Et personne n’avait encore enregistré la chanson. Alors, j’ai proposé qu’on réessaye, nous avons choisi une approche musicale différente et tout d’un coup nous avons trouvé ce qui en a fait un tube. Il y a une différence entre une bonne chanson et un bon disque.
Pour moi, un artiste c’est une personne qui part d’une bonne chanson et qui la transforme en un excellent disque après enregistrement. Ou alors qui part d’une excellente chanson et qui en fait un disque encore meilleur. Mais, je pense que dans tous les cas l’enregistrement doit apporter un plus. Si ce n’est pas le cas, alors il vaut mieux laisser quelqu’un d’autre le faire à votre place.
CF : Et est-ce que vous appréciez de composer des chansons vous-même ?
CR : Oui tout à fait. Cela fait un an que je me suis mis à écrire plus assidûment.
Aussi, quand j’ai commencé ma carrière, vers 20 ans, j’écrivais tout le temps. Quand j’ai eu mon premier contrat avec une Maison de Disques, des compositeurs sont venus me proposer plein de chansons supers et ces chansons qu’on me proposait étaient meilleures que celles que j’écrivais, c’est devenu très facile d’avoir de bonnes chansons.
La seule raison pour laquelle j’aurais choisi d’enregistrer mes propres chansons aurait été par égoïsme et finalement le CD n’aurait pas été aussi bon.J’ai donc arrêté de composer pendant quelque temps. Ensuite, le fait de m’asseoir et de me mettre à écrire m’est vraiment apparu comme une corvée.
Mais, l’année dernière, après que certaines choses dans ma vie aient changé, j’ai eu plus de temps libre pouvant être consacré à l’écriture.
Par ailleurs, je me suis aussi consacré à la production d’autres artistes, ce qui est une chose que j’aime beaucoup faire, car c’est une possibilité de transmettre ce que j’ai appris au fil du temps et d’aider quelqu’un d’autre à réaliser son rêve. J’écris aussi avec d’autres personnes.
Avant, je préférais écrire seul ou alors avec mon frère. Je craignais de composer avec d’autres gens parce que je pensais que peut-être ils ne comprendraient pas ce que je voulais exprimer ou réciproquement.
Mais, maintenant, j’ai compris comment faire cela. Le truc c’est d’écrire avec certaines personnes, celles avec qui on se sent bien, avec qui on a beaucoup en commun et apparemment, ça fonctionne bien comme ça.
Bien sûr, on n’écrit pas toujours quelque chose de bien, parfois c’est très mauvais. Parfois, c’est juste que ça ne convient pas et, de temps en temps, le résultat est excellent et on sait qu’on a fait du très bon travail ce jour là. Mais, quand même, je ne compose pas si souvent que ça, comparé par exemple à Sara Evans.
Sara écrit quasiment toutes ses chansons. Je serais très effrayé à l’idée de devoir écrire tout mon album. Je me dirais " Mais, comment vais-je trouver le temps de faire ça ", il faudrait que je me retire quelque part, comme ici à Gstaad, pour trouver la tranquillité pour me consacrer à la composition.
Dans ma vie normale, j’ai trop de choses à m’occuper pour pouvoir écrire autant si vite.
CF : Est-ce que vous préférez chanter les ballades ou les chansons rapides ?
CR : J’aime bien les deux. Par rapport à ce que j’aime écouter, je dirais que les ballades durent plus longtemps. C’est-à-dire que lorsque j’écoute les chansons des autres, celles qui m’ont le plus touché il y a 10 ou 20 ans et qui me touchent encore aujourd’hui sont surtout des ballades parce qu’elles expriment quelque chose.
Une chanson d’amour ou une chanson qui transmet un message déclenche toujours des sentiments. Les chansons rapides ne provoquent pas cela en général car elles sont plus amusantes et plus légères. Mais, un concert live serait plutôt ennuyeux sans chansons rapides et c’est pourquoi j’adore aussi les jouer.
Pendant longtemps au début de ma carrière j’ai dû faire bien attention à mettre pas mal de chansons très énergiques dans mon répertoire car beaucoup de gens essayaient de me mettre une étiquette comme chanteur de ballades. En effet, beaucoup de mes premiers tubes étaient des ballades.
Et les gens n’écoutaient l’intégralité de l’album et ne se rendaient pas compte que dans cet album il y avait aussi beaucoup de chansons rapides, ils ne considéraient que les hits qui étaient surtout des ballades.
J’ai toujours voulu que mes concerts live soient très énergiques, très vivants pour que les gens sortent en disant : " Eh bien, je ne savais pas qu’il faisait tout ça ". Mais, maintenant, je pense que mon public partout dans le Monde sait que je fais un peu de tout. Je m’ennuierais si je devais faire tout le temps la même chose.

CF : Il est vrai que vous avez toujours une énergie incroyable sur scène.
CR : Merci. Vous savez, beaucoup d’artistes ont la fausse idée que les ballades sont ennuyeuses. Elles n’ont pas à l’être. On peut mettre autant de passion dans une ballade que dans une chanson rapide.

Peut-être même plus car les chansons rapides se portent d’une certaine façon toutes seules, elles n’ont pas besoin du chanteur. Les ballades en revanche doivent être chantées avec intensité, Un chanteur ne peut pas faire semblant, à moins d’être un bon acteur ce que je ne suis pas.
Donc, je dois ressentir réellement la chanson.
Qu’importe le nombre de fois où on a chanté ces chansons, si on n’est pas honnête avec ce qu’on chante, si on ne ressent pas ce qu’on dit, les gens le comprennent. Et cela est vrai pour chaque soir, pas juste pour le jour où on enregistre. Et, en fait j’aime mille fois mieux la chanson " Little Rock " aujourd’hui que le jour où je l’ai enregistrée il y a 8 ans. Elle signifie plus pour moi aujourd’hui car elle est devenue partie intégrante de ma vie. Elle est comme un de mes doigts.

Me demander de ne plus jamais jouer cette chanson serait comme de m’interdire d’utiliser un doigt ou de me le retirer. Elle fait partie de ma vie. Et c’est ainsi pour un grand nombre de mes chansons. Pour certaines plus que pour d’autres.
Il y a des chansons pour lesquelles je ne ressens plus rien, je sais qu’à un moment donné elles ont été une bonne idée mais elles n’étaient pas destinées à avoir un effet à long terme sur moi. Cependant, beaucoup de mes chansons restent importantes pour moi et c’est formidable d’avoir cela.

CF : Pouvez-vous nous parler de votre dernier album " Tracks ", de ce qu’il a représenté pour vous par rapport à vos albums précédent ?
CR : Je pense et dirais toujours que c’est un très bon album, même s’il a moins bien marché que mes albums précédents.
La seule chose que je veux bien admettre c’est que nous avons eu la volonté de changer de direction avec cet album, ce que nous n’avions jamais fait auparavant. Pour les autres albums, nous choisissions des chansons et c’est ce choix qui faisait de l’album ce qu’il était.
Pour " Tracks ", Dann Huff et moi avons voulu faire un album plus pop. Car, je voyais tous ces autres artistes qui avaient beaucoup de succès avec ce son et j’ai pensé que j’étais tout à fait capable de faire cela et très bien, je voyais que c’était dans cette direction qu’évoluait le marché.

Nous avons donc fait un album au son pop. Mais, je pense que le timing n’était pas bon, que les gens n’étaient pas prêts à ça de ma part. Je ne pense pas avoir déplu à qui que ce soit avec cet album, mais simplement, les gens n’ont pas eu envie d’aller acheter le CD. Cependant, je continue à penser qu’il y a 3 ou 4 chansons dans cet album qui sont supers.
Malheureusement, l’album n’a pas tenu suffisamment longtemps pour que ces excellentes chansons passent à la radio. Donc, à moins d’avoir acheté l’album, on ne peut pas les connaître. C’est cela que je regrette. En tant qu’artistes, nous mettons tellement de notre cœur dans chaque album que je jure que le fait que les gens entendent mes chansons signifie bien plus pour moi que le fait qu’ils achètent mon CD. Parce que l’argent, ça va, ça vient, on peut gagner de l’argent en faisant ceci ou cela, ce qui compte ce n’est pas le nombre de disques que je vends, c’est le nombre de gens qui vont entendre mes chansons.

Et de me dire que beaucoup de personnes n’ont pas écouté telle ou telle chanson, ça me blesse vraiment. Ou aussi, le fait d’avoir un single extrait du CD alors qu’on sait que c’est un autre qu’on aurait choisi. Par exemple, quand on sait que d’un certain album 3 ou 4 singles vont être extraits, que notre préférence va à certaines chansons, mais que la Maison de Disques choisit de sortir d’autres morceaux, qu’on aime bien mais pas autant, c’est très décevant. On se dit que les gens ne vont pas entendre les chansons qu’on voudrait qu’ils entendent.
Dans le cas de " Tracks ", je pense que c’est un peu ce qui s’est passé. " Couldn’t Last A Moment " est une très bonne chanson et elle a été numéro 1 mais je suis un peu lassé de ce morceau. Ce que je veux dire c’est que si je ne devais plus jamais chanter cette chanson de toute ma vie, je m’en remettrais.

Par contre, je trouve la chanson " She’s Gonna Fly " du même album absolument extraordinaire et les masses n’ont pas pu l’entendre. Les seuls qui ont pu l’entendre sont les gens qui ont acheté l’album et c’est très frustrant.
CF : Donc, vous pensez que les radios n’ont pas passé les chansons de " Tracks " parce qu’on n’attendait pas ce style de musique de votre part ?
CR : Je pense et, vous savez, ils ont essayé, je veux dire que la plupart des radios ont passé ces chansons mais le retour n’a pas été celui qu’on espérait. Vous savez la différence entre les fans Américains et Européens, et c’est une des raisons qui fait que j’aime tant venir en Europe, c’est que pour les Américains, si une chanson n’est pas un hit, elle ne signifie rien, alors qu’en Europe les gens écoutent vraiment l’intégralité de l’album et leur chanson préférée n’est pas forcément la plus connue.

En tant qu’artiste, c’est ce dont on rêve, car on fait un album qui représente un tout, on ne sort pas juste une série de singles pour la radio.
Aux Etats-Unis, les charts sont tellement importants, et c’est pourquoi comme vous avez dû le remarquer dans mes concerts je ne joue que mes hits, parce que c’est tout ce que les gens veulent entendre en Amérique.
De temps en temps, je glisse une chanson pour me faire plaisir. Je ne dis pas qu’aux Etats-Unis nous n’avons pas de fans qui écoutent tout l’album et apprécient des chansons moins connues mais, d’une manière générale, en Europe c’est le cas de presque tout le monde.
Je déteste mettre les gens dans un groupe et dire " les Européens " comme une règle générale, mais c’est vraiment quelque chose que j’observe quasi-systématiquement.

Quand je vais en Europe de l’Ouest, dans un pays qui a accès à notre musique, on me dit par exemple :
" Ma chanson préférée est " Heart Full Of Rain " " et cela me sidère parce que c’est ma chanson préférée aussi et que c’est la première fois que quelqu’un me dit ça.

C’est juste que les gens considèrent la musique plus sérieusement, ils vous apprécient, ils tiennent moins compte du nombre d’albums que vous vendez, ils recherchent ce qu’ils aiment. Les Européens vont écouter ce qu’ils aiment alors que les Américains ont plus tendance à suivre une mode, une tendance.
Ce qui compte le plus ce n’est pas le produit, c’est le marketing, les gens s’enthousiasment pour un produit qui a eu une bonne publicité. C’est pourquoi il y a tant d’album pas si bons que ça qui ont un tel succès, ils ont juste été bien vendus au public.

Et quand un artiste vend plein de disques, on lui donne plein de récompenses. J’ai souvent dit au sujet des " Academy Awards ", vous savez les Oscars, que si à Hollywood les films étaient récompensés comme les CDs country le sont, des films comme " Terminator " aurait probablement raflé toutes les récompenses. Mais, Hollywood ne fait pas ça, ils récompensent la qualité, le talent d’un acteur et pas le nombre d’entrées du film. Alors que dans le domaine de la musique country on donne tous les Oscars aux artistes qui vendent le plus, sans prendre en considération la qualité.

Et, c’est frustrant parce que je pense que cela affaiblit l’ensemble du milieu, car, le téléspectateur moyen qui regarde les Awards se dit " Et bien, ce doit être les meilleurs puisqu’ils ont tout gagné, peut-être devrais-je acheter cet album ". Et, du coup, très souvent des produits de meilleure qualité n’ont pas l’attention qu’ils méritent parce que les ventes sont moins importantes ou parce que la publicité a été moins bien faite par rapport à telle autre Maison de Disques. C’est dommage, car d’un côté on a la musique et de l’autre le business, et nous adorons le premier et détestons le second, mais l’un ne va pas sans l’autre


CF : Vous allez sortir un nouvel album en octobre, pouvez-vous nous en parler ?
CR : Le titre de l’album est " Can’t Back Down "et il reflète bien où je me situe dans ma carrière en ce moment car je viens de terminer une année difficile. Cet album a été très dur à faire car toutes les personnes qui m’entouraient semblaient avoir une forte opinion sur ce que cet album devait être.

Or, toute ma carrière on m’a laissé tranquille, on m’a laissé faire les albums que je voulais parce que chaque fois c’était un succès. Quand on marche bien, les gens vous laissent en paix faire comme vous l’entendez. Par contre, si un album vient à marcher un peu moins bien, les gens commencent à dire " Oh, il faut qu’on arrange ça ". Et là, je me dis : " Comment ça, vous allez arranger ça, vous ne savez même pas de quoi vous parlez, vous ne savez rien de moi, vous n’êtes même pas la personne censée faire cela, ça ne fait pas partie de votre boulot et vous allez donner aussi votre opinion ".

Mais, il faut rester semi-coopératif, sinon ils vont se sentir découragés et dire : " Nous avons essayé d’aider mais vous n’avez pas voulu de notre aide ", il faut donc plus ou moins jouer ce jeu. C’est très frustrant. J’ai dû constamment défendre mes positions, certaines chansons, mon propre choix de musique.
Et, je leur disais juste : " Les gars, cela fait 11 ans que je fais ça et que ça marche plutôt bien, faites-moi confiance ". Et ils répondaient : " Oui, nous te faisons confiance mais nous pensons ça et ça ".

Et nous avons enregistré 20 chansons pour un album de 12 morceaux. C’est plus que je n’ai jamais enregistré pour aucun autre album. Or, je déteste faire ça parce qu’en finalité il faut ensuite supprimer des chansons qui sont supers et ce n’est pas juste. Et, une fois qu’on tombe amoureux d’une chanson, on ne veut pas s’en séparer.

Mais, je pense que le résultat final est un très bon album. J’attends le premier retour des critiques et pour l’instant ce que j’ai entendu ce sont des commentaires du style : " Oh, bon sang, c’est le meilleur de tes albums ". Parfois, d’une situation pénible peut sortir quelque chose de très bon. Je me rappelle toujours du dernier album des Beatles " Abbey Road " qui est un de mes préférés. Ils ne pouvaient plus se supporter quand ils l’ont enregistré et le résultat est pourtant excellent. Alors je me dis que même si l’enregistrement n’a pas été une partie de plaisir, cela ne veut pas dire que l’album va être mauvais.

Nous avons mis tant d’efforts dans cet album que cela transparaît et que l’album est une succession de très bonnes chansons. Aussi, nous sommes revenus vers ce qui nous avait conduits jusque là. Contrairement à " Tracks ", nous n’avons pas cette fois essayé d’aller dans une direction particulière. Nous avons juste cherché de bonnes chansons, nous avons voulu écrire ou trouver d’excellentes chansons et c’est cela qui a composé l’album tel qu’il est.

CF : Et bien, nous attendons avec impatience d’écouter le résultat.
CR : L’album sort le 30 octobre.

CF : C’est la deuxième fois que vous venez vous produire à Gstaad, la première fois c’était en 1993. Quel effet cela vous fait-il de revenir, quelles sont vos impressions ?
CR : Je suis ravi de revenir. J’apprécie plus cette fois que la dernière fois parce qu’à l’époque je ne savais pas à quoi m’attendre. Le public Européen est plus poli, plus calme que le public américain. Et, la première fois que je suis venu, j’ai pensé qu’ils ne m’aimaient pas.

Après on m’a dit : " Mais si, ils ont adoré ". Par la suite, je suis retourné plusieurs fois en Europe et je sais donc à quoi m’attendre. Il faut changer un petit peu le spectacle. Par exemple, bien sûr, je parle peu, parce que même si je suis impressionné par le nombre de Suisses qui parlent anglais, je ne veux pas forcer ma chance et me lancer dans une longue discussion, ainsi, j’essaye de parler moins et de jouer plus, d’enchaîner. Et je savais ce que j’allais trouver et j’apprécie cela. La première fois, c’était un peu effrayant.

CF : La première fois que vous êtes venu à Gstaad, était-ce votre tout premier concert en Europe ?
CR : Oui, la toute première et ça a cassé la glace pour moi d’une certaine manière. Et, chaque fois que je suis revenu en Europe, et même si cela varie légèrement d’un pays à l’autre, j’ai d’une manière générale toujours trouvé le public plus calme et poli.

Je sais que Sara s’est demandée si elle avait déplu au public hier soir mais en fait ils étaient juste plus calmes, nous sommes habitués à un public mal élevé (rires). C’est très différent aux Etats-Unis et c’est pourquoi j’apprécie plus cette fois car je sais ce que je vais trouver, il n’y a pas la surprise. Et j’adore cet endroit, comment ne pas être heureux avec un tel paysage.

CF : Vous n’êtes jamais venu en France n’est-ce pas ?
CR : Je suis venu en vacances mais pas pour jouer. Je suis allé en tant que touriste à Paris deux fois. Nous envisageons peut-être de venir au festival Country-Rendez-Vous de Craponne l’année prochaine en juillet et nous pourrions ensuite nous rendre à un festival en Pologne, c’est une possibilité.

Mais, pour l’instant, tout ce que j’ai vu de la France c’est Paris et aussi le paysage en prenant l’Eurostar depuis Londres vers Paris mais le trajet est court. Cela dit, j’adore Paris, c’est la plus belle ville du Monde. Je suis un féru d’histoire, c’est ma passion et à Paris il y a plus d’histoire dans deux quartiers que dans l'ensemble des Etats-Unis.
Et ce qui est bien c’est que tout est conservé, on ne détruit pas pour construire des restaurants ou autres. Notamment, j’ai adoré visiter l’Arc de Triomphe, je connais toute l’histoire de ce monument. Au départ, en venant à Gstaad j’avais envisagé de passer à Paris, mais je n’aurais pas pu rester plus d’une journée et je pense que ça ne vaut pas la peine car il faut au moins rester une semaine.
Je n’ai voulu prendre le train pour juste une journée, cela m’aurait été trop dur de repartir.

CF : Vous êtes très proches de vos enfants et de votre toute nouvelle petite-fille. Est-ce difficile de concilier votre vie familiale et votre vie d’artiste country ?
CR : Mes enfants m’ont toujours vu faire ce métier, j’ai rencontré le succès alors qu’ils étaient encore très jeunes, ils savent que c’est ce que je fais.
Et, depuis quelques années, ils ont des cours à domicile et ne vont plus à l’école ce qui leur permet de venir partout avec moi. Ma fille vient juste d’avoir un bébé et comme il n’a que 15 mois, nous n’avons pas voulu lui faire faire un si long voyage en avion jusqu’ici, les gens nous auraient détestés en nous voyant rentrer dans l’avion pour un si long voyage avec un bébé.

Nous l’emmènerons quand elle sera un peu plus âgée. Mais, le reste du temps, ils sont avec moi. Mes enfants sont toute ma vie et nous nous entendons très bien. Je suis très fier de cela et ils sont mes deux meilleurs amis et ils disent cela de moi aussi. Si on leur demande qui est leur meilleur ami, ils répondent " mon père " et il n’y a pas de meilleur compliment dans la vie que celui là.
Donc, j’ai vraiment beaucoup de chance. Il y a des domaines dans ma vie où je n’ai pas réussi, je suis célibataire, ce n’est pas faute d’avoir essayé mais cela n’a pas marché. Mais, j’ai le sentiment de bien faire mon travail et aussi d’être un bon père.
Je sais comment faire ça et je continue à apprendre avec la vie et peut-être arriverai-je éventuellement à réussir aussi dans les autres domaines.

CF : Avez-vous un message pour vos fans Français ?
CR : Oui, bien sûr. Déjà, j’espère si je viens au festival de Craponne l’année prochaine avoir l’occasion de rencontrer beaucoup d’entres eux.

Ce serait la première occasion que nous aurions de nous rencontrer. Je leur suis très reconnaissant pour l’attention réelle qu’ils portent à la musique, pour l’accueil favorable qu’ils réservent à la musique, ils ne sont pas juste des fans, ils aiment vraiment l’artiste.
Cela me fait plus plaisir et m’encourage plus que n’importe quel nombre de CDs vendus ou n’importe quel nombre de titres numéro 1.
C’est ce qui me fait aller de l’avant et me donne envie de m’améliorer parce que je sais que des gens savent apprécier mon travail et je leur suis reconnaissant pour ça. Et encore une fois, j’espère venir en France pas seulement l’année prochaine mais souvent et pouvoir venir régulièrement.

CF : Collin, merci beaucoup pour nous avoir accordé cette interview exclusive. Encore félicitations pour votre super show d’hier soir et nous attendons avec impatience la sortie de votre nouvel album pour le mois d’octobre.

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