Dale Watson était la grande star du Festival Country Rendez-Vous 2000 de Craponne sur Arzon. Ce texan pure souche basé à Austin a déjà sorti de nombreux albums dont ‘Cheatin’ Heart Attack’, ‘Blessed or Damned’, ‘I Hate These Songs’, ‘Truckin’ Sessions’ et le dernier ‘Places I’ve been People I’ve known’.

Interview © Muriel Genty - Photos © Alain Mangenot - Country France -

Chanteur et guitariste, Dale Watson écrit et joue de la musique country intemporelle comme on la faisait autrefois. Il reste loyal aux racines de la musique country, à la musique de chanteurs comme Merle Haggard, Johnny Cash, aujourd’hui largement rejetée par les radios et les producteurs de Nashville.
Au Country Rendez-Vous de Craponne, il nous a donné un show d’une grande qualité. Très à l’écoute de ses fans, Dale Watson a enchaîné les chansons à la demande du public. Dale Watson et son groupe les Lone Stars ont eu un succès tel qu’ils sont revenus une deuxième fois sur scène, clôturant le festival par un second show improvisé et donné avec amour, une belle surprise pour le public et les organisateurs. A l’occasion de ce grand festival, Country-France a rencontré Dale Watson pour vous.

CF : Dale, bonjour. Tout d’abord, nous aimerions savoir ce qui vous a poussé à devenir chanteur ?
DW : Mon père était un chanteur, un guitariste et il a été ma première source d’inspiration Je ne pense pas avoir décidé de devenir chanteur. Je n’ai jamais réfléchi à quel travail je ferais pour vivre, c’est simplement arrivé tout naturellement. Mon frère faisait partie d’un groupe et après le départ de leur chanteur ils m’ont engagé pour le remplacer. J’étais alors au Collège. En fait, je n’ai jamais cessé de chanter.

CF : Quels chanteurs country ont été la source de votre inspiration musicale ?
D
W : Des artistes comme Merle Haggard, Buck Owens, Georges Jones, Johnny Cash, Bob Wills, Hank Williams, Lefty Frizzell, ils sont mes racines en musique country.

CF: Beaucoup de vos chansons font référence aux camionneurs, votre dernier album s’intitule " Truckin’ Sessions ". Pour quelle raison ce thème revient-il si souvent ?
DW : Dans chacun de mes albums il y a une chanson sur le thème des camionneurs. Je viens d’enregistrer un album de chansons de Noël et même dans ce denier album il y a une chanson sur le thème des camionneurs. Mon père était un camionneur. Par ailleurs, mon métier m’amène à être constamment sur les routes et peu souvent chez moi et je me sens proche des camionneurs. Nous partageons le même style de vie.
CF : Vous écrivez et jouez des chansons dans la tradition Honky Tonk des années 1950 et 60. Pensez-vous être une sorte d’outsider dans le marché actuel de la musique country ?
DW : Oui. Mais, je ne sais pas si on peut dire que j’écris et joue dans le style des années 1950 et 60. C’est un son différent, des chansons différentes. Quand on construit une maison avec un marteau, cela ne veut pas dire que c’est une vieille maison, on ne fait qu’utiliser un vieil outil. De la même façon, nous faisons des nouvelles chansons d’une façon traditionnelle. Mais cela nous met un peu à part car la country musique actuelle ne veut pas être country, elle veut être pop, elle mène un combat intérieur, elle perd son identité. Il devient difficile de faire la différence entre les chansons de Shania Twain et de Céline Dion. Pour moi c’est la même chose.
CF : Que pensez-vous du son country actuel à Nashville ?
DW : C’est très triste, sans identité, pour moi toutes les chansons se ressemblent. La majorité des personnes qui sont actuellement dans la musique country n’ont pas grandi avec cette musique. En ce qui me concerne, je sais reconnaître la musique country. Je connais la différence entre les chansons de Tammy Wynette et celles de Shania Twain ou Faith Hill, cela n’a rien à voir. C’est la même chose pour les chanteurs masculins. Dwight Yoakam est un de ceux dont le cœur est le plus proche de la vraie country, il est originaire de ce milieu. Il est difficile de trouver d’autres chanteurs actuellement qui fassent vraiment preuve d’originalité.

CF : Qui selon vous peut être tenu responsable de cette situation ?
DW : C’est l’argent qui mène le jeu. Les maisons de disque ont remarqué qu’en remplaçant le son country par le son pop elles gagnaient plus d’argent car elles s’adressent alors aux jeunes et touchent un large public.
Ces maisons de disques voient à court terme, elles viennent à Nashville quelques années puis disparaissent. Mais, les dégâts qu’elles causent perdurent. Le business de la musique country vient à manquer de country. Les maisons de disques s’attaquent en fait à leur propre business.

CF : Quelle va être selon vous l’évolution future?
DW : Je pense qu’il va y avoir une séparation. Trop de gens aiment les chanteurs comme Garth Brooks ou Shania Twain. C’est très bien si c’est ce qu’ils aiment écouter. Mais, comme le Blue Grass autrefois, la musique country traditionnelle va être amenée à bifurquer pour suivre son propre chemin. Notre public a changé. Nous jouons beaucoup dans des salles rock’n’roll car dans les honky tonk il n’y a plus de vraie country. Nous touchons des jeunes un peu marginaux de 18 à 25 ans, ou alors des personnes plus âgées. C’est ce public qui connaît Merle Haggard. Je pense notamment qu’Internet va être un excellent moyen pour permettre aux gens d’avoir le choix de leur style de musique et pour transmettre les informations dans le Monde entier.

CF : Notre site Internet country-france.com est aussi dédié à la danse country. Que pensez-vous du lien entre la danse en ligne et la musique country ?
DW : Je vais être très honnête. Personnellement, je ne pense pas que les danseurs en ligne s’intéressent vraiment à la musique country, je pense que ce qui compte pour eux c’est surtout le tempo, le rythme. Or, pour moi, les paroles comptent plus que le rythme. Je ne suis pas un fan de danse en ligne. Je pense que cela nuit aux chansons.

CF : Que pensez-vous de ce festival country rendez-vous de Craponne ?
DW : Je l’adore. Je suis heureux et fier d’être là. Les gens ici sont formidables et de vrais amateurs de musique country. Cela permet de rencontrer une autre culture.

CF : Beaucoup d’artistes country américains hésitent à venir se produire en France car ils pensent que le marché country est restreint. Etes-vous impressionné et surpris de trouver un public si nombreux ici à Craponne ?
DW : Craponne est je pense l’Evénement de la musique country en France. Ce qui est super c’est de pouvoir jouer pour des gens qui apprécient vraiment la musique country, du fond du cœur. J’adore la France, Paris. Cela fait des années que je cherche à venir jouer en France. Depuis 6 ans, je fais des tournées en Europe et je suis très heureux qu’un festival me permette enfin de me produire en France. Je veux revenir !!! (rires).
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