ED LAWTON
"THE URBAN COWBOY"
Interview © Muriel Genty - Photos : Alain Mangenot - Country France - FCWDA - toute reproduction interdite - © Country France 20-3-2001
Le professeur de line dance et chorégraphe anglais Ed Lawton, " The Urban Cowboy ", a été l’invité d"un des mini-festival Country organisé par FCWDA, le 17 décembre 2000 au gymnase de Choisy. Un invité presque surprise puisqu’il a en fait remplacé au dernier moment Maggie Gallagher retenue par des problèmes de santé. Country-France a rencontré Ed Lawton pour qu’il évoque avec nous son parcours professionnel, qu’il nous donne son avis sur des sujets d’actualité de la line dance comme la situation de la line dance en Angleterre, en France et dans le Monde et la controverse actuelle au sujet des musiques accompagnant les danses. Ed nous a aussi parlé du niveau des danseurs selon les pays, de ses projets concernant la France et de sa vie de professeur de danse en ligne en Angleterre.
CF : Ed Lawton bonjour. Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes devenu professeur de line dance, nous dire quelle est votre formation ?
ED : La seule danse que j’ai jamais dansée est la danse en ligne. J’ai commencé à pratiquer cette danse il y a environ 8 ans. Mes parents, qui possèdent un pub, ont toujours aimé la musique country. Un dimanche, nous voulions passer de la musique country dans leur pub et nous avions entendu parler de la danse en ligne sur de la musique country. Nous sommes donc allés voir quel type de musique les danseurs passaient pour nous en inspirer. Cela m’a suffit pour devenir accro. Après environ 3 ou 4 mois, j’en voulais plus. J’ai pris des cours spécifiques pour devenir professeur. Je suis allé à différents événements UCWDC (United Country Western Dance Council) et équivalent anglais. J’ai décidé de pousser plus loin et j’ai commencé à enseigner, à chorégraphier des danses et tout s’est développé à partir de là.

Ed Lawton - Danielle Violeau - Alain Menu au micro
CF : Est-ce que vous dansez aussi en couple ?
ED : Oui, tout à fait. J’ai commencé la danse en couple il y a environ 3 ans. J’ai remporté des titres anglais et européens. Depuis janvier, je participe à des compétitions Pro-am avec des jeunes. Je n’aurais pas assez de temps pour séparer la danse en ligne et la danse en couple. Quand l’occasion se présente de danser en couple, je la prends. J’enseigne les deux types de danse. Quand j’enseigne une danse, on la danse tout de suite après, pour le plaisir.

CF : Quelles sont vos chorégraphies les plus célèbres ?
ED : " Pretend " est mon premier et plus gros succès. Cette danse est restée au top ten des danses en ligne pendant à peu près 8 mois. Le succès de cette danse a profité à la chanson de Sharon ‘B’ qui est devenu un hit. Actuellement, ma chorégraphie " Deck 51 " a un succès national. Elle a aussi été beaucoup dansée en Allemagne et en Hollande. " Dreamwaver " est en ce moment en train de devenir populaire. J’ai eu une danse appelée " Digital Thunder " qui a été utilisée en Grande Bretagne pour quelques compétitions. Aussi, une danse écrite il y a 5 ans " It Works " a été une des danses de compétition du festival de Hollande de l’année dernière à Kerkrade et a été proposée pour le Championnat du Monde de l’année prochaine.

CF : De plus en plus de danses en ligne sont chorégraphiées sur des musiques non country, type salsa ou techno. Que pensez-vous de cela ? Préféreriez-vous rester fidèle à la country ou le type de musique vous est-il égal ?
ED : En ce qui me concerne, j’essaye de rester country si possible. En gros, je dirais que 90% de toutes les danses que je chorégraphie sont sur des musiques country. Je dis qu’il y a de la place pour danser sur tous les types de musique. Mais à la fin de la journée, on doit se souvenir comment tout cela a commencé et cela a commencé avec la country, alors essayons de rester fidèle à la country.

CF : Et avez-vous noté des différences dans les musiques accompagnant les danses en ligne selon le pays ?
ED : Oui. Il me semble que l’Europe a beaucoup plus tendance à danser sur de la musique country. En Grande-Bretagne, nous en sommes à 50/50. Quant à l’Amérique…J’étais à un festival de danse en ligne en tant que professeur en Caroline du Nord cette année. Je pense qu’au cours de la soirée, seulement deux chansons country ont été passées.
Ed Lawton et Danièle Violeau, présidente de la FCWDA et organisatrice du mini festival. Sur 5 heures de danse, deux chansons country ce n’est pas beaucoup. Ainsi, à mon avis, aux Etats-Unis la musique est actuellement à 99% pop et dance.
CF : Comment voyez-vous l’évolution actuelle de la danse en ligne dans le Monde et notamment en Europe ?
ED : Si la danse en ligne continue à se développer ainsi en Europe et reste country, j’imagine que la danse en ligne country va devenir plus importante en Europe qu’en Angleterre. Je ne pense pas que la danse en ligne country va disparaître en Grande-Bretagne mais je crois qu’il va y avoir une

Ed Lawton en compagnie de Jeanne Rapet, professeur de danse.
séparation entre d’un côté la danse en ligne country et de l’autre la danse en ligne pop. Je vois cette séparation venir. Pas forcément tout de suite mais je me rends compte que ce moment approche. J’espère que ce n’est pas ce qui va arriver en Angleterre mais c’est ce qui, je pense, pourrait arriver.

CF : Pensez-vous que cette séparation risque de se produire en Angleterre et ensuite s’étendre au reste de l’Europe ?
ED : Cela commence à l’heure actuelle à se produire aux Etats-Unis. Je peux voir cette tendance s’étendre à l’Angleterre. Mais parce que vos racines sont beaucoup plus country que les nôtres, je ne pense pas que cette séparation se produise en Europe. Parce qu’ici la plupart des musiques sont country.

CF : Et en Hollande ?
ED : Je ne pense pas que cela arrive en Hollande non plus. D’après ce que je vois et ce que je comprends, l’Europe en général ne s’éloignerait jamais de la musique country. Alors qu’en Angleterre, lentement mais sûrement, c’est ce qui est en train de se produire.
Si vous ouvrez les magazines de danse en ligne, vous constatez que 90% des danses sont sur de la pop music, il n’y a plus de country. C’est dommage. Même les vêtements que les gens portent ne sont plus country.

Il y a 5 ou 6 ans, nous avons lancé un festival à Torquay pour le week-end du 4 juillet. Vous entriez dans un restaurant, tous les garçons portaient un chapeau de cow-boy. Cette année, j’y suis allé, et nous n’étions que deux à porter un chapeau. Plus personne ne porte les vêtements country western. La seule chose qui est restée ce sont les boots. Ils ont tous remplacé le style country western traditionnel par des vêtements à paillettes.

CF : Que pensez-vous de la situation en France ?
ED : Cela me rappelle la situation en Angleterre il y a 12 mois. Le niveau de danse progresse comme nous avons progressé nous aussi. Mais par contre, vous restez fidèle à la country. Tout dépend de ce que les gens veulent, s’ils souhaitent juste danser pour le plaisir ou s’ils désirent aussi participer à des compétitions.

Pour la compétition, il faut acquérir beaucoup de technique. Avec notamment tous les Américains qui viennent participer aux compétitions nous avons mis beaucoup de style dans les danses. Parce qu’ici vous n’avez pas autant de professeurs que nous, il est difficile pour les danseurs de progresser pour atteindre ce niveau de compétition.

CF : Justement, en France la danse en ligne connaît actuellement un tel développement que l’on vient à manquer de professeurs notamment à haut niveau de compétition comme vous venez de le faire remarquer. Pensez-vous que d’une façon générale les professeurs étrangers sont prêts à venir en France pour former nos professeurs et donner des cours ?
ED : Nous sommes tous prêts à faire ça. Parce que la plupart d’entre nous comme moi, Maggie (Gallagher), Rob (Fowler) (NDLR : voir l’interview Country-France de Rob Fowler) aimons avant tout enseigner, que ce soit à 100 personnes, 1000 personnes ou juste deux personnes. Ce qui compte pour nous, ce que nous adorons faire, c’est enseigner.



Audray Gendre - professeur et juge UCWDC, avec Ed Lawton.
CF : Quels sont vos projets concernant la France ? Prévoyez-vous de venir y donner des cours régulièrement ?
EL : J’espère venir pour le festival de France UCWDC. J’ai un emploi du temps tellement chargé. Si on m’invite de nouveau, je reviendrai, sans aucun problème.

CF : Pensez-vous qu’il est possible de gagner suffisamment d’argent pour vivre en étant professeur de danse en ligne ?
EL : J’ai essayé pendant 5 ans. Pendant 5 ans, j’ai été uniquement professeur de danse en ligne et je gagnais assez d’argent pour vivre.

Maintenant, j’ai besoin de faire autre chose en plus car je ne gagne plus assez d’argent pour vivre en n’étant que professeur de line dance. Quand j’ai commencé à enseigner, nous n’étions que 3 professeurs pour couvrir une ville de la taille de Paris.
Nous avions donc un très grand nombre d’élèves à chacun de nos cours. Actuellement, dans un rayon de 8 km il y a chaque soir 6 à 8 cours différents. Ainsi, tous les gens qui venaient à mes cours avant se répartissent maintenant sur tous les cours différents qui existent.

CF : Il y a donc actuellement trop de professeurs en Angleterre ?
EL : C’est actuellement un des problèmes. Le nombre d’élèves dans chaque classe a diminué parce qu’il y a de plus en plus de professeurs qui donnent des cours différents. Des gens qui venaient à mes cours se sont dits " moi aussi je peux enseigner ça " et ils sont partis enseigner, sans avoir besoin de passer aucun examen, sans apprendre quoi que se soit concernant par exemple les règles de sécurité, sans avoir aucun papier officiel.

CF : Vous n’avez pas besoin de diplôme ou de papier officiel pour devenir professeur ?
EL : On n’a pas besoin d’un certificat qui dise qu’on peut enseigner. Ce dont on a besoin en Angleterre c’est de papiers d’assurance et aussi des licences pour avoir le droit de passer de la musique, ce genre de chose. Beaucoup des gens n’ont pas ces papiers. Ils montent un cours et leurs amis y vont. De cette façon, lentement mais sûrement le nombre d’élèves aux cours décroît, parce qu’il y a de plus en plus de professeurs.

CF : En France, nous aurions plutôt tendance à manquer de professeurs…
EL : Pour l’instant. Mais, si les danseurs voient qu’ils peuvent gagner de l’argent, ils se diront " je vais faire ça aussi et gagner de l’argent pour mon compte ". C’est comme ça que ça marche. Parce qu’ils ne se rendent pas compte de ce qu’il faut dépenser pour se procurer la musique.
En Angleterre, un CD que l’on va acheter pour une ou deux chansons de danses coûte 150F ou plus et quand il faut acheter un CD pour seulement quelques danses on se rend compte tout de suite du budget que cela représente à l’année.
Si vous enseignez 3 danses par semaine, c’est 500 F qu’il faut dépenser juste pour la musique. Cela ne comprend pas l’équipement, les vêtements, la voiture, etc. Ainsi, les gens ne se rendent pas compte de tous les frais. Ils empruntent des CDs à leurs amis et ils copient les chansons sur CD, ils lancent un cours et quand ils gagnent 500F ils se disent " J’ai gagné beaucoup d’argent ce soir " mais ils n’ont rien eu à payer. C’est un des gros problèmes.

CF : Quels sont vos projets à venir ?
EL : Tous les ans j’organise un week-end de danse country à Barton Hall Torquay (NDLR : prévu du 21 au 24 septembre 2001). Ce n’est pas une compétition, mais juste pour s’amuser.

Le plus petit Cow-Boy du Festival Une superbe prestation des plus jeunes danseurs.
C’est un week-end très sympa, on danse beaucoup, on boit beaucoup, on apprend quelques danses.
Je souhaite que cet événement se développe et devienne de mieux en mieux chaque année.
J’essaye aussi d’aider à l’organisation de compétitions, des choses de ce genre. Je construis aussi un site internet. Parce que ma deuxième activité à côté de l’enseignement de la danse en ligne consiste en l’impression de tee-shirts, vêtements, tapis de souris, métal, etc.
Je fais aussi des trophées pour des évènements de danses country comme le festival UCWDC en Grande-Bretagne. Et je souhaite donc proposer à la vente ces objets sur le web.

CF : Vous avez remplacé Maggie Gallagher qui devait au départ venir aujourd’hui mais qui a eu un problème de santé. Pouvez-vous nous donner de ses nouvelles ?
EL : J’ai parlé à Maggie il y a deux jours. Elle va bien, elle est toujours à l’hôpital. Ils lui ont fait différents examens, ils suspectaient une mononucléose infectieuse. Mais, pour le moment, ils disent qu’il s’agit d’un virus. En fait, Maggie travaille énormément, elle donne des cours tous les jours de la semaine, moi j’ai trois soirs de repos, je me garde du temps à moi, mais pas elle, elle travaille sans arrêt et elle s’est épuisée, ils la gardent à l’hôpital pour qu’elle se repose, mais le plus important c’est qu’elle se remet.

CF : Et nous avons entendu que Rob Fowler aussi avait eu des problèmes de santé ?
EL : Oui, il a eu des problèmes de calculs rénaux. Il a passé 2 jours à l’hôpital et une semaine à la maison. Je l’ai vu deux semaines après ça, il avait perdu un peu de poids, il avait l’air en forme et il se sentait bien.

CF : Ed, merci pour ces nouvelles de Maggie et de Rob et pour cette interview.

Interview © Muriel Genty Photos : Alain Mangenot - Country France - FCWDA - toute reproduction interdite - © Country France 20-3-2001