A l’occasion du second festival UCWDC de danse Country Western en France qui s'est tenu en Juillet 2000 à Paris, Country-France a rencontré Herman Falkenberg. Présent au festival en qualité de juge, Herman Falkenberg est aussi le représentant UCWDC pour l’Europe et le directeur des festivals UCWDC organisés en Hollande.

Interview © Muriel Genty et Alain Mangenot - Country France - Site UCWDC Site NTA

CF : Herman Falkenberg bonjour, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer notamment quelles sont vos responsabilités dans l’organisation des festivals de danse country western UCWDC ?
HF : Je suis directeur pour l’organisation du championnat de danse country western UCWDC européen, pour le championnat hollandais, et suis le co-directeur du championnat du Benelux. Ces championnats se passent en Hollande et sont actuellement les évènements UCWDC les plus importants après le Mondial. Je suis le représentant UCWDC pour toute l’Europe.

CF : Comment les musiques de concours sont-elles choisies pour les festivals ?
HF : Il faut distinguer les musiques des danses en couple de celles des danses en ligne. Concernant le choix des danses en ligne, un certain nombre de chorégraphies est proposé à un comité UCWDC ‘line dances’ qui choisit les danses et les musiques associées.
Concernant les danses en couple, two-step, valse, cha cha, west coast swing, east coast swing, polka, les musiques sont adaptées à la catégorie – pro am, honky tonk, show case, classic – et sont donc choisies par un comité UCWDC en fonction de leur niveau de difficulté.

CF : En France beaucoup de gens n’apprécient pas l’évolution actuelle vers des musiques non country. Ils sont déçus par les festivals à cause de la musique. Que pensez vous de cette évolution vers des musiques dites alternatives ?
produits non country qui se vendent.
HF : Au début des années 90 lorsque la new country est apparue avec des chanteurs comme Garth Brooks, les gens ont commencé par la qualifier de non country, par rapport à la musique country très traditionnelle qui se jouait au Texas. Mais cette new country a attiré un public plus jeune.
La country s’est mise à évoluer. Cependant, actuellement, beaucoup de musiques ‘lines’ sont non country. De plus, des chanteurs country dévient vers la pop comme Shania Twain, affichant une double casquette country/pop. Je n’apprécie pas cette tendance dans le sens où l’on se demande où cela va s’arrêter. Il risque d’y avoir un moment où la différence entre la musique country ou non ne sera plus claire. Des voix s’élèvent maintenant aux Etats-Unis pour faire marche arrière, ils pensent être allés trop loin. Mais comme toujours c’est le règne de l’argent qui prédomine et les maisons de disques de Nashville voient leur intérêt financier à proposer des produits non country qui se vendent bien.
CF : Quelle est la position de l’UCWDC vis à vis de cette évolution musicale ? Protège t-elle la musique country ?
HF : L’UCWDC souhaite préserver la danse country western en tant qu’expression artistique. Son rôle n’est pas de statuer sur la musique. Cependant, sans musique on ne peut pas danser.

CF : Les danses et les musiques vont de pairs. Or, de plus en plus de chorégraphies sont proposées sur de la musique non country, techno, hip hop. Pourtant, les danseurs portent des chapeaux de cow-boys et disent pratiquer la ‘country line dance’…
HF : On assiste actuellement à un engouement pour la musique latine, cubaine et on la retrouve très présente dans la danse en ligne. Or, nous souhaitons revenir à une country plus traditionnelle. Pour le prochain festival de Hollande, nous allons ainsi proposer une catégorie de compétition non country, afin de maintenir autant que possible la musique country dans les autres catégories. Cependant, c’est un fait que tout évolue et la country n’échappe pas à cette règle, elle change continuellement.

Le second festival de France UCWDC (United Country Western Dance Council) s’est tenu à Paris les 7, 8 et 9 juillet 2000. Il faut savoir que l’UCWDC est le plus grand organisme pour l’organisation des championnats de danse country western dans le Monde. Nous rappelons que le directeur des deux premiers festivals de France UCWDC a été Robert Wanstreet, dont une interview est disponible sur le site Country-France. Par ailleurs, en France, une association FACE (French Annual Country Event) a été créée avec pour unique objectif l’organisation annuelle du festival selon le règlement UCWDC. Ainsi, FACE et la FCWDA (French Country Western Dance Association) sont deux associations complémentaires dont les rôles diffèrent. Alors que FACE s’occupe de l’organisation du festival de France selon les règles UCWDC, la FCWDA joue un rôle fédérateur de représentation de la country auprès des clubs français et dans la formation des professeurs.
En Europe, la seule musique country disponible a longtemps été la musique country dite traditionnelle, le marché était restreint, les importations limitées. De nos jours, avec l’évolution des moyens de communication, les Européens ont accès à la même musique country que les Américains. Leur première réaction devant la new country a été le rejet car cela ne ressemblait pas à la country qu’ils connaissaient, pour eux ce n’était pas de la country. Mais aux Etats-Unis, notamment dans les zones urbaines, c’est cette new country que l’on écoute dans les bars country.

CF : Pensez-vous que cette évolution vers la musique non country vient surtout des Etats-Unis ou de l’Europe ?
HF : Dans le domaine de la danse en ligne, l’Europe a évidemment une influence. Mais cette évolution vient aussi des Etats-Unis. Actuellement, les danses latines sont très populaires aux Etats-Unis et on retrouve cette influence dans la country.

CF : Parlons à présent de la formation des professeurs de danse country. Actuellement, le seul organisme s’occupant de cette formation est la NTA (National Teacher Association). Que pensez-vous de la NTA ?
HF : Je pense que la NTA est un très bon organisme. Cependant, il ne faut pas se méprendre sur son rôle. Le rôle de la NTA est de former les professeurs débutants afin que tout le monde puisse utiliser les même termes, dans un objectif d’uniformisation du langage de danse. En cela, elle rempli très bien son rôle. Mais, la NTA n’est pas une association qui apprend aux professeurs à danser, elle leur donne juste des outils de base. C’est une bonne chose qu’un tel organisme existe et l’UCWDC soutien la NTA. Mais il ne faut pas être trop exigeant vis-à-vis de cet organisme.

CF : Pensez-vous que la formation des professeurs nécessiterait la mise en place d’un réel organisme enseignant ?
HF : Absolument. Je peux surtout parler de ce que j’observe en Hollande. Les problèmes que vous rencontrez actuellement en France sont certainement proches de ceux rencontrés en Hollande il y a 10 ans. Notre avance vient de ce que notre pays a toujours été très ouvert aux échanges, commerciaux, financiers, et nous sommes plus réceptifs aux influences extérieures. En Hollande, nous avons fondé la DCWDA (Dutch Country Western Dance Association) qui est devenue la plus importante association de danse country western du Monde. Nous avons plus de 250 clubs membres de cette association et 150 salles de danses, nous organisons de nombreuses activités : workshops, formation de professeurs…
Nous avons pour objectif de promouvoir la danse country western. Bien sûr, le fait que la Hollande soit un petit pays par rapport à la France a favorisé la communication entre les membres et le développement de la danse country. Actuellement, nous voyons de réels résultats, le niveau de la danse s’élève énormément. La Belgique est un pays de taille comparable à la Hollande mais elle a actuellement plusieurs années de retard par rapport à la Hollande parce qu’elle ne s’est pas organisée pour promouvoir la danse country comme la Hollande l’a fait.
C’est grâce à une bonne organisation et communication autour de la danse country qu’il y a actuellement en Hollande des danseurs de très haut niveau et des festivals de taille très importante.

CF : Y a t-il un projet d’organisation d’une réunion européenne de professeurs ?
HF : Je n’ai aucune information à ce sujet. Mais c’est évidemment possible à condition de trouver les personnes suffisamment décidées et motivées pour organiser une telle réunion.

CF : L’UCWDC a t-elle l’intention de jouer un rôle dans la mise en place d’un nouvel organisme chargé de former les professeurs de danse ?
HF : Non, l’UCWDC a pour mission l’organisation de compétitions de danses country western. Rien de plus ni de moins. C’était à l’origine un organisme purement américain qui acquiert aujourd’hui petit à petit une vocation internationale. Ce qui est parfois difficile à accepter pour certains américains qui ont tendance à se croire au centre du Monde. L’Europe occupe une place de plus en plus importante au sein de l’UCWDC. Bien sûr, en tant qu’européen, je place l’Europe au centre de mes préoccupations, mais il faut comprendre que ce n’est pas le cas pour beaucoup de mes collègues américains UCWDC. Cependant nous avons tous le même objectif qui est de promouvoir la danse country western. Nous organisons déjà beaucoup de festivals en Europe : 4 en Angleterre, 3 en Hollande, 1 en France, 1 en Allemagne, 2 en Suède, 1 en Norvège, 1 en Belgique, l’année prochaine nous en aurons un en Espagne, …

CF : Pensez-vous que les Américains sont effrayés par le développement de la danse country western en Europe, ou bien qu’ils en sont plutôt heureux ?
HF : Effrayés n’est pas le bon terme. En fait, quand on a l’habitude de prendre les décisions et que de nouvelles voix se font entendre, il faut s’habituer à cette idée, et c’est ce qui se passe. L’Europe va occuper une place de plus en plus importante, avoir une influence de plus en plus grande. Ainsi, le championnat mondial de danse country western va se tenir en Hollande en 2002 (NDL : voir sur Country-France l’interview de Bob Bahrs, directeur UCWDC pour l’organisation des 2 prochains championnats du Monde). Il y a 7 ans, j’étais le premier non américain à demander à organiser un festival UCWDC. Beaucoup de mes interlocuteurs américains ne savaient même pas où se trouvait la Hollande. Il a fallu qu’ils s’habituent à l’idée de nouveaux acteurs européens entrant en scène dans le monde de la danse country. Avec le championnat du Monde organisé en Hollande, les Américains vont découvrir autre chose. Nous avons déjà accompli beaucoup en Europe. Ce que les Américains peuvent faire, nous pouvons le faire aussi.

CF : Est ce l’UCWDC qui désigne le directeur pour chaque festival UCWDC national ?
HF : Non, ce n’est pas comme cela que ça se passe. En fait, toute personne qui souhaite organiser un évènement UCWDC dépose un dossier et chaque membre de l’UCWDC vote pour approuver ou non la demande. Certains critères doivent être remplis. L’UCWDC regarde qui fait la demande, si le projet est bien préparé, si l’organisation de cet événement est dans l’intérêt de l’UCDWC, s’il n’y a pas de conflit avec d’autres directeurs de festivals UCWDC. Et il faut parfois du temps pour que tous les critères soient remplis par certains pays européens.

CF : Peut-il y avoir dans un même pays dans la même année plusieurs festivals UCWDC avec différents directeurs ?
HF : C’est possible et en Hollande nous avons 3 festivals par an. Il y a 10, 15 ans, les membres fondateurs de l’UCWDC avaient établi comme règle de ne pas organiser de festivals à moins de 500 miles de distance dans une même année. Bien sûr, en Europe, les distances sont tellement plus courtes que cette règle ne peut pas être respectée. Ainsi, en Europe chaque directeur dont le festival est proche est consulté avant d’accepter un nouveau festival. Si quelqu’un d’autre en France, à Strasbourg ou Bordeaux voulait organiser un festival UCWDC à une date éloignée de celle du festival de Paris, sa demande pourrait être considérée.

CF : Une dernière question mais non des moindres : que pensez-vous de ce second festival de France ?
HF : C’est un bon festival. Je regrette seulement qu’il n’y ait pas plus de gens présents, notamment par rapport à l’année dernière. La France est un grand pays et peut faire mieux. Quand je vois la circulation dans Paris je regrette de ne pas retrouver plus de ces gens au festival. Il faut que les Français s’accrochent pour promouvoir cet événement tous ensemble. Il faut donner une chance aux gens de se développer. En Hollande aussi il nous a fallu démarrer avec notre premier festival il y a 9 ans. Et aujourd’hui nos festivals sont 10 fois plus grands avec 5000, 6000, 7000 voire jusqu’à 10000 spectateurs. Mais pour en arriver là nous avons dû apprendre de nos erreurs. La France ne se débrouille pas si mal. En Hollande la DCWDA, première association de danse country western a joué un grand rôle fédérateur pour tous les clubs de danse. Une personne seule ne peut y arriver. Il faut un groupe de gens avec le même objectif. Nous y sommes arrivés et je suis convaincu que les Français vont y parvenir aussi. Cela va peut être demander encore quelques années mais le résultat sera là.

CF : Herman, merci beaucoup pour avoir répondu aux questions de Country-France.
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