Interview © Muriel Genty . Photos © Alain Mangenot - © Country France - reproduction interdite

Cours avec Rob Fowler au festival FCWDA - Septembre 2000
Et quand ils retourneront chez eux, quel que soit l’endroit d’où ils viennent, ils pourront être tentés d’aller voir ce qui se passe dans les clubs de danse country. Tant qu’il y aura le Billy Bob’s je pense que vous allez continuer à grandir et grandir et grandir.

CF : Combien de danses en ligne avez-vous chorégraphiées ?
RF : La dernière fois où j’ai compté j’en étais à quelque chose comme 68 ou 70. Je pense en avoir chorégraphié environ 70 maintenant.

CF : Un de vos plus grands succès est " The Beast "…
RF : " The Beast " a été à la fois une bonne chose et une mauvaise chose pour moi. Bien sûr ça a été un énorme succès qui m’a apporté une grande renommée. Mais d’un autre côté, les gens ont commencé à penser que s’ils pouvaient maîtriser une danse comme " The Beast " c’est qu’ils étaient des danseurs d’un niveau avancé et vraiment bons. Et on m’a catalogué comme quelqu’un faisant des danses très très difficiles. Or, à la même époque que " The Beast ", j’ai aussi chorégraphié une danse appelée " Sweet Maria " qui était très facile et très sympa.

Rob Fowler et Robert Wanstreet au festival FCWDA de Septembre 2000
Mais, pour tout le monde j’étais " The Beast " et les gens ont commencé à dire qu’ils ne pouvaient pas venir prendre des cours avec moi car j’enseignais des choses beaucoup trop difficiles.

Ainsi, même si la chorégraphie de " The Beast " m’a apporté beaucoup notamment en terme de renommée, elle m’a aussi desservi vis à vis du grand public qui a cru que j’enseignais à un niveau trop élevé.

CF : Et comment expliquez-vous le succès rencontré par " The Beast " ?
RF : Le succès d’une danse s’explique toujours plus ou moins de la même façon. Il faut que la chanson soit bonne et que les mouvements soient bons. Il peut s’agir de mouvements difficiles, ce qui compte avant tout c’est qu’ils s’enchaînent parfaitement, le passage d’une série de pas à une autre ou d’un mouvement à un autre doit être harmonieux, logique, élégant. Alors, les gens apprécieront la danse.
Show au festival Newmarket Disneland 1999 - Avec entre autres rob Fowler et Pedro Machado.
Si l’enchaînement des pas semble maladroit, les gens rejetteront la danse, même si elle est facile. Ils s’emmêleront les pieds, un seul petit pas inopportun dans une danse même simple peut faire que les gens ne l’apprécient pas.

CF : Il y a un débat actuel concernant la musique des danses en ligne. Pensez-vous que cette musique devrait rester country ou qu’elle devrait être étendue à de la country alternative voire même à des musiques latines ou technos non country ?
RF : Cela dépend de l’ampleur que vous voulez donner à la danse en ligne en France. Il y a en fait deux façons de voir les choses. En Angleterre, ils ont appelé cela danse en ligne, sans inclure le mot country. La raison pour laquelle ils ont fait ça c’est qu’ils voulaient aussi attirer les non-fans de country. Beaucoup de gens quand on leur parle de country music pensent aux vieilles chansons country et associent à ces chansons la Square Dance et cela les rebute. Je ne dis pas que beaucoup de gens n’apprécient pas cela, mais beaucoup en général sont rebutés par cet aspect. Ils ont donc utilisé le terme " danse en ligne américaine " et parce que le mot country était absent les professeurs d’aérobic, de danse de salon s’y sont intéressés. Pour eux, la musique n’avait pas besoin d’être country puisque le mot country n’était pas dans l’intitulé du style de danse. Tout le monde a donc fait à sa guise, dansant un cha cha sur une chanson latino, etc. Mais, ce qui se passe actuellement en Angleterre c’est qu’ils sont allés un peu loin, tout devenant pop.

CF : Est-ce que la musique country a disparu ?
RF : On ne peut vraiment dire cela. Dans beaucoup de clubs en Angleterre actuellement, il n’y a que de la country, dans de nombreux autres il n’y a que de la pop, mais dans la majorité on trouve un mélange des deux. Mon travail en tant que chorégraphe est de veiller à l’équilibre. Si je constate qu’il y a beaucoup plus de pop que de country, alors je prévois de chorégraphier davantage de chansons country. La plupart du temps, je n’ai pas besoin de faire des chorégraphies sur des musiques pop car il y en a énormément qui sont produites. Attention cependant, s’il y a une chanson pop que j’apprécie beaucoup, j’aurai plaisir à la chorégraphier, comme par exemple Syncopated Rhythm de Scooch. Je pense que sur les 60-70 danses que j’aie chorégraphiées environ 60 sont sur une musique country, je n’en ai donc chorégraphié qu’une dizaine sur de la musique pop et c’est parce que les chansons étaient vraiment très bonnes. Mais, j’adore la musique country.

CF : Dans ce cas, pensez-vous que c’est une responsabilité des chorégraphes et des professeurs de transmettre le goût de la musique country aux élèves ?
RF : Oui, mais il faut garder en mémoire que beaucoup de gens n’aiment pas à priori la country.
Ils ont cette idée d’une musique déprimante qui raconte " comment quelqu’un a perdu sa femme " ou " comment le chat de quelqu’un s’est fait tirer dessus " et ce n’est pas sur ce type de musique qu’ils veulent danser. Il faut montrer à ces gens que la country ne se résume pas à cela. Je choisis des chansons gaies comme " Live Laugh Love " de Clay Walker. On peut trouver des chansons country mais qui ont aussi du rythme et de la vie. La plupart des chansons que je choisis sont très rythmées. Il est important que quelqu’un qui rentre dans mon club pour se renseigner puisse entendre de la musique qui l’attire, et pas des chansons tristes.

CF : Est-ce que l’objectif est d’attirer les gens avec de la musique pop pour ensuite leur faire mieux connaître tout ce qu’il y a dans la country ?
RF : On les attire aussi avec de la country actuelle. Le mot country est tellement large aujourd’hui, il y a la country alternative, la country rock, toutes sortes de country. Il y a vraiment une grande marge de manœuvre actuellement. Par exemple, une des danses que j’ai enseignées aujourd’hui, K.T., est sur " Katie Wants A Fast One ", une chanson de Garth Brooks qui est un chanteur tout à fait country et de Steve Wariner, mais il y a dans cette chanson un style swing mambo de musique du sud qui est en fait une autre variation de la country. J’ai aussi appris Amazing Faith qui se danse sur Amazed du groupe Lonestar et c’est à nouveau un embranchement différent de la musique country. Les variations dans la musique country sont énormes maintenant. A une époque il ne s’agissait que d’une guitare et d’un son " ponc ponc ponc " et d’une belle chanson. Aujourd’hui, le genre musique country est très vaste et il y a toutes sortes de très bonnes chansons rythmées qui sont fantastiques et même quand d’anciennes chansons sont reprises c’est très bon.

CF : Le choix des styles dans la musique country actuelle est si vaste qu’on n’aurait pas réellement besoin de la musique pop pour les danses en ligne ?
RF : Non pas vraiment. Mais, il y a aura toujours des gens qui voudront danser sur des rythmes pop. Prenons l’exemple des gens entre 20 et 30 ans. Ils fréquentent depuis plusieurs années les discothèques où ils écoutent des musiques " boum boum boum ". J’ai voulu attirer ces jeunes vers la line dance. Mais, on ne peut pas les faire passer directement de " boum boum boum " à " ponc ponc ponc " ! Ce qu’il faut faire c’est y aller doucement pour leur apprendre à apprécier la country. Si on prend par exemple le cas d’une de mes soirées. La soirée commence à 21 h et dure jusqu’à 23 h. Je passe environ _ h de musique pop et 3 _ h de musique country. La _ h de pop c’est ce qui attire les gens parce qu’ils entendent une chanson qu’ils aiment, ils voient les danseurs et ils se disent que c’est sympa et qu’ils pourraient eux aussi danser cette line. Il est possible qu’ils n’aient jamais entendu de country music avant et qu’ils rejettent à priori ce style de musique. Mais, parce qu’ils restent pour la danse, ils vont écouter 3 _ h de musique country et plus ils en écouteront, plus ils sauront l’apprécier. Il est important de captiver le public. N’importe quel vendeur vous dira qu’il est primordial de garder les gens avec soi et à l’écoute. Une fois que les gens sont là, on peut leur vendre de la country. Si la seule façon de les faire venir est de proposer tout d’abord des chansons pop alors il faut le faire. Il faut qu’un large public soit attiré même si c’est par un peu de pop et après on peut leur apprendre à apprécier la country.

CF : Quels sont vos projets pour la suite ?
RF : J’ai de très nombreux projets ! Tout d’abord, mon site Internet www.robfowler.com va beaucoup évoluer dans les quelques prochains mois. Sur mon site, les gens peuvent déjà télécharger ou visionner des vidéos de moi enseignant des danses en ligne. Et le site va devenir très conséquent dans les 2-3 mois à venir.
J’ai aussi un calendrier qui va sortir pour l’année 2001, je le proposerai d’ailleurs à l’occasion de ma prochaine venue sur Paris à l’occasion du festival de line dance de Disneyland Paris organisé par The Newmarket du 12 au 14 novembre 2000. Je serai sur ce calendrier comme vous ne m’avez jamais vu et je ne m’habillerai pas comme ça sur scène non plus d’ailleurs (rires) !
Je vais aussi vendre une cassette audio, les gens pourront la passer dans leur voiture ou cuisine et m’écouter enseigner des danses de différents niveaux comme " K.T. ", qui est une des danses que j’ai enseignée au festival aujourd’hui, " Rex The Robot ", " Hit The Floor " qui est une nouvelle danse de niveau avancé, et des danses faciles pour les débutants.
Il y a aussi les week-ends que j’organise. Cette année j’en ai organisé 5 et ils ont tous affiché complets avec 650 personnes inscrites à chaque fois. J’en ai un de prévu pour la nouvelle année et j’ai pour l’instant 900 inscrits, je ne peux plus accepter que 100 personnes supplémentaires avant que la salle ne soit pleine à craquer.
J’ai 15 évènements à préparer pour l’année prochaine.
J’ai aussi une tournée de prévue au Canada, une tournée en Australie pendant 4 semaines, ce sera l’année prochaine, un voyage en Suède, en Norvège, en Afrique du Sud et encore dans bien d’autres lieux.
Je prévoyais de ralentir un peu le rythme mais cela ne semble pas être possible ! Et j’ai le sentiment que les choses vont beaucoup bouger en France aussi.

CF : Merci beaucoup Rob pour avoir répondu aux questions de Country-France, et bon courage pour la suite !
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