CF : Vous avez produit vous-même votre dernier album. Pensez-vous que c’était nécessaire pour préserver l’intégrité de votre musique ?
W : Je reconnais qu’il aurait été plus simple de faire directement des disques country mais j’ai dit tellement de fois que je ne veux pas qu’on me dise qui je suis. Je crois que personne n’aime ça – je ne vous donne pas de leçon non plus. Alors, je pense que je me suis en quelque sorte un peu rebellée avec cet album.

Même si cette rébellion a été jusqu’à enregistrer aux Bahamas, l’album a quand même été fait au sein de la communauté de la musique country. Il a été produit par mes amis de longue date Tony Brown et James Stroud. Ces gars sont mes guerriers. Ils ne me permettront pas de rentrer dans les rangs conformistes.
De même pour les musiciens, entre autres Stewart Smith (dont les accords sensuels à la guitare électrique en complément des chants voluptueux ont transformé la chanson " Learning to Live With Love Again " en une sorte de chef d’œuvre érotique), Paul Franklin, Aubrey Haynie, Matt Rolling, etc… Ils m’ont tous remerciée. Les musiciens de Nashville ont pigé. Ils ont véritablement adoré travailler avec moi parce que je leur ai fait voir autre chose.
CF : Qu’avez-vous ressenti lorsque vous vous êtes à nouveau trouvée sur scène avec votre mère lors du " Power To Change Tour " ? Depuis 1991, vous avez mené une carrière en solo. Dernièrement, vous avez à nouveau chanté et êtes montée sur scène avec votre mère, en tant que les " Judds ". Pensez-vous qu’il pourrait y avoir un conflit entre les deux aspects de votre carrière ?
W : C’était merveilleux et c’était triste. Cela m’a fait vivre certains des plus beaux jours de ma vie et aussi certains des plus noirs. Souvenez-vous que j’ai été élevée par une femme qui m’a permis d’être moi-même. Elle m’a dit : " Ne sois pas forgée par cette culture à l’extérieur mais par ce qui est en toi ". C’est triste, mais vous savez quoi ? Je continue à avancer. Je n’abandonne pas. Je refuse de rentrer chez moi et de me sentir vaincue. Je suis lasse, je l’admets. Cette année a été une année très dure pour moi. J’ai été sur la route quasiment toute l’année et, toutes les adversités que je pouvais combattre, je les ai combattues. Je veux juste être autorisée à étendre mes ailes et à m’envoler vers ces différents styles de musique et voir ce qui se passe quand je me pose. Ainsi, j’ai passé l’année à vendre " Wynonna " tout en disant de ne pas non plus oublier les " Judds " !
Imaginez la scène suivante lors d’un concert. Ma mère arrive sur scène soulevée par un monte-charge, habillée comme une sorte de marraine-fée de conte, avec une robe de reine du royaume.
Et elle porte cette couronne.
Elle a un sceptre et un petit panier contenant de la poudre de fée. Il y a des enfants au premier rang et, vous savez, ils veulent de la poudre de fée pour que leurs vœux soient exaucés, et c’est très drôle. Et elle fait ce truc de poudre de fée parce que ça permet aux rêves de se réaliser.
Eh bien, Gracie, ma fille, a commencé à l’aider à faire ça, et Gracie a accepté une responsabilité et elle comprend que ces rêves deviendront réalité et elle prend tout ça très au sérieux – comme les filles le font. Ces deux là se promènent en répandant de la poudre de fée, pendant que j’essaie d’être sérieuse et de chanter…
J’avais l’habitude de considérer ma mère comme une femme qui serait un problème pour moi quand elle serait âgée et qui n’aurait rien fait que de passer sa vie à essayer de trouver un moyen de me diagnostiquer.

Maintenant, je vois cette femme qui a à peine été capable d’élever ces deux enfants, qui sont très intrépides et pas des enfants moyens, habituels… Nous étions si créatives et si pleines de fougue, oh bon sang. Et vous savez, ce que je crois de tout mon cœur, c’est que j’ai été capable de survivre dans cet infect business de la musique qui est si déroutant et parfois si terrifiant autant qu’extraordinaire, et la seule chose qui me garde saine d’esprit certaines fois, c’est de savoir que mon identité la plus grande est d’être un enfant de Dieu et de ma mère.

Quelque chose de remarquable s’est produit en 1991, à la fin des " Judds ", tout comme ça s’est passé pour moi cette année. Je suis revenue à la vie. Dans la mort, il y a la vie et de la mort des " Judds " est née Wynonna. Et j’ai trouvé une partie de moi ne faisant que souffrir et supplier pour crier et taper du pied et chanter avec tout mon cœur. Vous pourriez penser que, ayant établi mon individualité, j’aurais trouvé que la dynamique du duo avait changé quand je l’ai reconstitué à la fin de l’année dernière.

Eh bien, oui et non. Principalement, non. J’ai passé neuf années à chanter en solo. Alors qu’est ce que j’ai fait ? J’ai travaillé dur pour être ma propre personne et maintenant, tout à coup, je me retrouve, vous savez … une heure avant le show, maman qui me rejoint au bus et qui me dit " Tu sais, j’ai besoin de te parler au sujet de ton retard la nuit dernière pour le show. Je pense que ce n’est pas professionnel " Et je la regarde soufflée et tout d’un coup j’ai l’impression d’avoir 18 ans à nouveau. Elle me met au défi chaque jour d’être calme et rationnelle. Elle sait comment me manipuler bien sûr. Elle sait qu’elle peut me faire grimper au plafond plus vite que n’importe qui d’autre sur cette planète. Quand nous étions sur la route avant, c’était toujours très… bien. Beaucoup de feu, beaucoup de tempérament, beaucoup de passion.

Les femmes Judd ont toujours été remplies de passion. Je veux dire, vous savez, nous avons un adage " Rien n’est impossible ! " Mais si maman est toujours la même qu’auparavant, au moins ma sœur Ashley et moi-même avons été élevées en acceptant ce qu’elle est. Quand j’avais une vingtaine d’années, maman venait me voir et me disait " vas-tu manger ça ? C’est le 2ème morceau de gâteau que tu manges aujourd’hui et tu as besoin de perdre du poids ". Maintenant, j’attends d’elle qu’elle me dise cela et j’ai appris à tâcher de garder le sourire et à avoir le sens de l’humour. Vous savez ce que je fais ? Je ris. C’est mon blindage. Quand je me lève le matin, je mets mon armure et mon armure c’est " Je suis très compatissante maintenant parce que j’ai regardé ma mère aller en enfer et en revenir plusieurs fois ".

Elle est presque morte, bon sang de bonsoir. Je réalise vraiment qu’elle est ici et qu’elle est un miracle, alors je laisse glisser toutes ces idioties qui autrefois me rendaient dingue à son sujet. Mais, il faut effectivement que je partage, ce qui est le plus difficile, que ce soit par exemple la loge, ou il faut aussi que je sois patiente et que je l’attende parfois. Je suppose que j’illustre ici une autre loi universelle, pas celle avec laquelle maman avait l’habitude de nous former le caractère : c’est que personne ne peut vous rendre dingue comme votre mère le peut. Et juste pour un petit clin d’œil ironique, on devient ensuite comme sa mère.

Je me vois devenir comme ma mère et je me dis " oh bon sang ! ". Il y a tant de bonnes choses à son sujet, mais il y a aussi ces choses pour lesquelles je ne veux pas lui ressembler. Je ne veux pas être aussi folle qu’elle l’est parfois, cependant je sais ce qui la rend folle, je connais ses raisons, et je suis juste reconnaissante de ne pas avoir eu à suivre le chemin qu’elle a suivi. J’aurais vraiment aimé que tout le monde puisse venir nous voir chanter live. La plupart des gens ne savent même pas vraiment qui je suis. Je ne compte pas sur une mise en scène tape à l’œil.

Je compte sur la sympathie du public, qui est très fragile. Si le public ne me suit pas et qu’il n’y a pas d’échange, je peux le sentir. C est comme de sortir avec un garçon qui ne parle pas beaucoup et d’avoir l’impression qu’on se parle à soi-même. Je dépends vraiment du public. Combiner ces deux mondes dans un show live est épuisant et, néanmoins, reconstituant de nombreuses façons.

C’était en fait un miracle que nous arrivions à monter ce show. Vous n’imaginez pas à quel point. Je n’en garderais qu’un souvenir de fierté cependant et c’est quelque chose que je peux transmettre à mes enfants. J’ai simplement adoré l’idée d’être avec ma famille au début du Millénaire. Et ensuite, je me suis souvenue que j’aimais aussi être une artiste solo. C’est là que mon ambition sort de ses gongs.
CF : Projetez-vous de partager votre temps à 50 / 50 entre votre carrière solo et les " Judds " ou de ne retrouver votre mère que pour des occasions très spéciales de façon à pouvoir vous concentrer sur votre carrière solo ?.
W : Il n’est pas prévu de poursuivre avec les " Judds ". Notre réunion était un événement exceptionnel pour le Millenium. A présent, je me concentre à nouveau sur la musique que j’ai toujours rêvée de faire.
CF : Vous effectuez votre première tournée en solo en Europe. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de venir en Europe ?
W : C’est une bonne question à laquelle je ne peux pas répondre. Très honnêtement, j’ai été tellement occupée à soutenir mes efforts ici que je n’y aie pas vraiment pensé. Et ce n’est que très récemment que j’ai su qu’il y a avait un besoin. Peut-être suis-je naïve, une fille originaire d’une petite ville, mais je n’avais pas compris qu’il y avait une demande pour que je vienne en Europe. Je me souviens être venue avec maman et m’être sentie très optimiste et avoir pensé " Oh là là, j’adorerais venir ici plus souvent ". Pour cela, il faut une grande organisation. Parmi tous les gens qui m’entourent, comme les maisons de disques, les agences qui organisent les tournées, qui m’ont tenue si occupée ici,


je ne crois pas que personne ne m’ait jamais dit que c’était une possibilité. J’étais tellement occupée ici que je n’ai pas réalisé qu’il y avait un monde plus vaste ailleurs.
Country France - Suite de l'interview page 3